Les enjeux du télétravail pour le travail de management et syndical
Louis Erb, Caroline Diar et Emmanuelle Lavignac ont participé à l'émission Perspectives de l'Ugict CGT pour discuter des travaux de l'Observatoire du Télétravail et l'actualité du travail hybride, notamment suite aux annonces de réduction du télétravail dans certains grands groupes technologiques.
Louis Erb souligne que ces annonces ne représentent pas la tendance actuelle, caractérisée plutôt par une pérennisation du temps de travail. Cette volonté de faire revenir les salariés sur site traduit, selon les intervenants, un désir des directions de réaffirmer un contrôle sur le travail, malgré une productivité accrue en télétravail. Les experts mettent en garde contre les effets négatifs d'un retour au bureau dans des espaces inadaptés.
Pour Emmanuelle Lavignac, le télétravail n'est pas un acquis social consolidé, mais a permis aux salariés de reprendre le contrôle de leur temps de travail. Cette dynamique explique les mobilisations sociales chez Ubisoft suite à l'annonce de réduction du télétravail. Caroline Diar avertit que ces décisions pourraient rompre le « contrat psychologique » entre employeurs et salariés et entraîner des « démissions silencieuses ».
Le télétravail représente également un défi pour les syndicats, qui ont dû s'adapter aux nouvelles pratiques de travail à distance. Sophie Louey analyse dans son article paru dans la revue de l'INRS le « travail d'organisation » des représentants syndicaux dans l'assurance et l'assistance pendant et après le confinement. Si le travail hybride a facilité certaines tâches syndicales, les représentants regrettent l'éloignement créé avec les salariés.
Repenser notre usage des espaces de travail
La pérennisation du télétravail soulève la question de l'occupation des espaces de travail. En 2024, le coût d'un poste de travail atteint 1 900 euros (615 euros/m²), une hausse depuis 2022 due à l'inflation post-confinement, explique Charlotte Mathelier dans le podcast Déchiffrage de Workplace Magazine.
Pour atténuer les effets inflationnistes, Hubert Labouche précise que les entreprises réduisent et optimisent leur parc immobilier, qui représente 60% du coût d'un poste de travail.
La baisse d'occupation des bureaux impacte directement le commerce de quartier. Un reportage du JT de France 2 du 26 novembre 2024 détaille comment le quartier de la Défense connaît une crise majeure avec la fermeture de nombreux commerces et restaurants. Pour éviter que 40% des tours ne se retrouvent vides dans dix ans, le quartier doit se réinventer.
L'étude prospective Colliers « L'Odyssée 2040 », réalisée par Laetitia Baldeschi, Audrey Abitan et Cassandra Coman, propose trois scénarios immobiliers :
Tour de contrôle et satellites
Ce scénario vise à répondre à une population de plus en plus nomade et flexible. Les entreprises conservent des bureaux en centre-ville comme vitrines centrales et disposent de sites satellites flexibles et géographiquement ciblés pour le travail à distance.
Polarités régionales apparentes
Avec la dispersion de l'activité sur le territoire, ce scénario propose la création de pôles de compétence et d'innovation autour des universités et écoles d'excellence, soutenant un besoin continu de formation entreprise.
Hub collaboratif & tiers-lieux
Ce scénario répond aux enjeux de sobriété énergétique en préconisant la création de « hubs de travail centraux » dans des lieux bien desservis par les transports, complétés par des tiers-lieux corporate en zones périurbaines.